dimanche, 16 mai 2010
Le Vilain n'avait qu'un but
Il lui a fallu du temps, mais il y est arrivé ! Des années entières de frustration pour ce joueur sorti de nulle part pour finalement arriver à la lumière sous le maillot du FC Costauds. Retour sur la carrière du Vilain, un tunnel plus long que le Mont-Blanc !
Les premiers pas dans les cours d'école
La rencontre du Vilain avec le ballon rond s'effectue, comme pour tous les enfants, dans les cours de récréation du primaire, au début des années 90. Sur un terrain en pente et avec des platanes, d'un côté, et des pulls, de l'autre, pour faire les buts. Le Vilain finit par trouver sa place sur le terrain : ce sera gardien. Un petit miracle pour cet enfant déjà handicapé pour le sport, mais il trouvera le moyen de mettre fin au rêve tout seul, comme un grand (qu'il aimerait alors bien être) : sur un tir adverse, le Vilain se troue, parce qu'il regardait ailleurs à ce moment-là... On ne le reverra plus dans la cage ! La suite du primaire ne sera qu'un long calvaire qu'il résume ainsi : « Je me souviens juste d'un match au gymnase où le ballon avait tapé deux fois le poteau sous mon nez sans que je ne puisse le pousser au fond pour marquer ». Prémonitoire de ce qui allait suivre...
Le collège pas foot foot foot
Arrive l'heure du collège et du changement d'école pour celui qui n'est pas encore appelé le Vilain, mais qui gagne cependant rapidement une réputation de vilain petit canard dans toutes les cours de récré qu'il côtoie. Nous sommes dans la deuxième moitié des années 90, et le Vilain se retrouve dans un établissement où le foot ne se pratique pas à la récré. Les rares jours de football, le Vilain est systématiquement choisi en dernier au « on déguille », ce qui lui vaut de jouer assez régulièrement dans la cage, poste auquel il ira jusqu'à obtenir les félicitations du pion lors de la rencontre de fin d'année de sa classe de 6ème.
Hélas, le destin bascule à son entrée en 4ème... Le Vilain s'est mis en tête de pratiquer le ballon en club, et s'inscrit en moins de 15 ans au FC Limonest. Il est l'heure pour lui de choisir un poste : après avoir réfléchi sur son poids (aussi bedonnant à l'époque qu'un Gigi aujourd'hui), et sur son peu d'attrait pour la cage, il choisit attaquant, « un poste où on ne court pas beaucoup et où on peut marquer des buts ! ». Du jour au lendemain, cela devient une obsession pour lui : marquer, marquer, marquer !
Mais le destin est ce qu'il est : le Vilain tiendra 3 mois (et 2 ou 3 bouts de match) avant de laisser tomber le foot en club. 10 ans plus tard, il se souvient : « Très vite, au club, les coéquipiers se sont arrêtés de me faire la passe à l'entrainement, j'entends encore le coach sortir un jour : « Pourquoi vous ne lui avez pas donné le ballon ce soir, il était toujours tout seul ! ». Dans la cour de récré, on me raillait aussi pour avoir ce niveau au foot alors que j'en faisais en club. J'ai fini par tout lâcher. Cette période a nui à ma montée en puissance, j'en ai retenu que le foot pouvait être un monde cruel, notamment pour ceux qui ne savent pas y jouer ! ».
L'entrainement commando et les premiers buts
Le lycée débute, toujours dans le même établissement (la stratégie de l'échec...), dans lequel le Vilain ne touchera à nouveau pratiquement pas le ballon avec ses camarades de classe pendant deux années entières. Qu'importe, déterminé à devenir un footballeur, un vrai, il s'achète un ballon et s'entrainera dans son jardin pendant ce temps-là. Un ballon, deux poteaux en bois, et un joueur : les parties ne sont pas vraiment endiablées, mais elles seront profitables. « Mon école était en ville et j'habitais en périphérie, je n'avais donc pas souvent l'occasion de jouer avec les copains (de toute façon je n'en avais pas !). Pendant 2-3 ans, j'ai donc joué tout seul : des frappes de 25 mètres environ, de volée, sur coup-franc (avec des chaises de jardin pour faire le mur !). Le but était de frapper toujours plus vite et plus fort, tout en conservant une bonne précision. De cet entrainement, je conserve cette capacité à parfois mettre des buts d'anthologie, car tout seul chez moi, j'osais tirer dans n'importe quelle position. »
Mais le tableau n'est pas aussi rose qu'il tente, en vain, de nous le faire croire : le Vilain reste un joueur incapable de contrôler proprement un ballon et de jouer face à un adversaire (« le foot, c'est beaucoup plus simple tout seul dans son jardin, tout le monde vous le dira mais personne n'a jamais pensé à le réformer en conséquence ! »)... Il le découvre en terminale, dans une classe où ça joue enfin régulièrement au ballon : s'il y met plusieurs buts, souvent à bout portant (« ma position de prédilection »), il reste un joueur médiocre qu'on ne va chercher que pour finir une action. Un de ses partenaire de l'époque, le Joker, témoigne : « Le Vilain, un attaquant ? Je me souviens effectivement de son zèle pour aller sur la cour d'école à la place de la philo, mais bon, vu qu'il restait le match entier posté devant la cage à discuter, je pensais qu'il était plus intéressé par le gardien adverse que par nos parties. On profitait cependant utilement de sa position stratégique comme troisième poteau pour tromper l'adversaire ».
Les années fac
Le bac en poche, le Vilain choisit de s'établir à nouveau en école, pour deux ans. Sur des terrains de hand, il commence à s'acclimater petit à petit au jeu avec des adversaires en face, et aux tâches défensives requises dans un 5 contre 5 (« personnellement, je n'en vois pas l'intérêt. Comme dirait le père de Michou, ce n'est pas comme ça que je vais marquer des buts ! M'éloigner par moments des buts adverses, ça a été comme une deuxième coupure de cordon ombilical »). Le tournoi de l'école sera l'occasion de le voir à l'œuvre : 4 matchs, 0 but. Il finira, comme toujours, dans la cage, où sa prestation lui vaudra de gagner sa place pour la fin du tournoi... en tribunes !
Puis vient la fac, dans le même temps le Vilain y renoue avec le FC Limonest, où il intègre l'équipe senior 3, pour deux saisons. Au début de chacune de celles-ci, Coach Jean-Mi le prendra à part, pour lui expliquer qu'il ne jouerait pas beaucoup de matchs, à la grande incompréhension du Vilain : « j'étais le meilleur espoir du club quand même ! Je ne mens pas, regardez les cartes d'identité, c'était moi le plus jeune ! Mais Jean-Mi a au moins eu le mérite d'avoir toujours tenu sa parole : je n'ai pas souvent joué ! ». Et c'est peu de le dire : 2 saisons pour 7 bouts de match (dont 3 à Saint-Cyr) et un temps de jeu cumulé de l'ordre de 135 minutes, soit 3 mi-temps... Il faut dire qu'il découvre un football qu'il n'a encore jamais pratiqué : un football à 11 contre 11 sur terrain de 100m de long. Il mettra une saison entière à tenter de comprendre les bases du placement et des appels de balle...
Bien évidemment, ce n'est pas au FCL que le Vilain marquera le moindre but («Je signale qu'avec zéro tir en match, je peux aussi dire que je suis le seul attaquant du club à ne pas avoir raté la moindre frappe ! »). Mais il y gagnera la considération de certains de ses coéquipiers, comme Cani, un joueur qui a joué à un haut niveau (« c'était un régal de s'entrainer avec lui ! Dès que je touchais le ballon, il me disait de frapper, même à 35 mètres. Bon, ça partait à 10 mètres du but, évidemment, mais il me félicitait quand même. Lui, il avait compris qui j'étais ! »), et d'un groupe de 3-4 joueurs qui militera toute la deuxième saison auprès du coach pour qu'il joue plus souvent (« ça m'a touché, ça ne m'était jamais arrivé avant puisque personne ne me parlait jamais. Ca n'a pas porté ses fruits, mais on sait bien pourquoi : à ce niveau-là, tout est politique... »). Il y gagne même son premier titre, au cours de sa deuxième saison : celui de Buvette d'Or du club, à égalité avec un Pilou pas encore Président. Cela aura sans nul doute joué un rôle dans la suite de sa carrière...
Le sentier de la gloire
Lâché dans la vie professionnelle comme un Gigi dans un magasin de porcelaine, le Vilain s'égare et se retrouve à Paris. Il tente d'y renouer avec le football, à l'AS Paris 7, un échec d'après ce qu'il nous dit : « J'ai fait 3 entrainements là-bas avant de comprendre : les gars passaient leur temps à courir: 4 kilomètres dès la reprise, et on m'avait promis que ça augmenterait avec le temps... Eh oh, je suis là pour marquer des buts, pas pour faire le marathon de Paris ! Le pire, c'est qu'une fois qu'on a touché le ballon, j'étais largement de leur niveau, c'est vous dire le ridicule de la situation ! J'ai finalement arrêté quand j'ai vu qu'il n'y avait pas de buvette ». Le Vilain ne portera jamais le maillot du club (« je ne sais même pas de quelle couleur il était ! »)...
Après une année de chômage footballistique sa carrière rebondit finalement du côté de l'Ardèche en juin 2009: le Vilain y découvre enfin son deuxième maillot, celui du FC Costauds, où il est titulaire pour le premier match de l'histoire du club. Il sortira après... 3 minutes de jeu, avant de revenir en fin de match pour une prestation qui rentrera dans les annales : il obtient un 0/10 le lendemain dans l'Equipe !
6 mois plus tard, il renoue avec la compétition, pour son premier match officiel depuis... 4 ans ! Une prestation qui ne passera pas inaperçue, puisqu'il obtient cette fois des commentaires élogieux et un 7/10 : « je suis bien rentré dans mon match, et j'ai ensuite su le rester tout le temps que j'ai passé sur la pelouse... 5 minutes... ». Le destin est en route, plus rien ne peut l'arrêter ! 4 jours plus tard, le Vilain est de nouveau présent, et même titulaire ! Mais 15 minutes suffiront à le pousser sur le banc, vu qu'il ne trouve pas sa vitesse de croisière en ce début de match. Le score étant favorable (3-1), il regagne le terrain à 10 minutes de la fin. Et 3 minutes plus tard, sur un gros débordement et un excellent centre d'Omar, il pousse le ballon dans les filets... à bout portant ! « C'était le premier match de mon histoire à domicile, au FCL j'avais toujours joué à l'extérieur, sans doute fallait-il ne pas montrer ça aux spectateurs vu l'argent investi dans le club par la mairie ! Bref, premier match à domicile, première frappe, premier but ! J'ai hésité un moment à arrêter ma carrière là-dessus d'ailleurs... T'imagines ? Personne ne pourrait jamais faire mieux ! ».
Plus de 20 ans d'échecs en tout genre pour en arriver à ce premier but en match officiel : à 25 ans, le Vilain s'est enfin mis sur les bons rails, et la peur de dérailler ne semble pas l'effrayer : « Je l'ai toujours dit que je serais un grand attaquant, et aujourd'hui les résultats sont là ! Je n'ai jamais douté de moi, je savais que j'étais de la race des grands buteurs ! Aujourd'hui, j'ai reçu une proposition de l'AC Milan, ils me veulent parce qu'il parait que leur attaquant est pataud. Mais je n'irai pas, seul le FC Costauds a cru en moi il y a un an quand j'étais au point mort, mes buts, je les garde pour ce club ! ».
22:38 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note








Commentaires
Très vilaine vie, félicitations!
Écrit par : Président Pilou | dimanche, 16 mai 2010
Répondre à ce commentairemerci pr la rigolade... j'ai adoré : le Milan AC me veut car leur attaquant est pataud!!
Écrit par : Michou | lundi, 17 mai 2010
Répondre à ce commentaireMichou : c'est celle dont j'avais le plus honte...
Écrit par : Vilain | lundi, 17 mai 2010
Répondre à ce commentaireFaut reconnaitre qu'il mérite bien son surnom à la vue de ces photos . Mouaaaaahhhh
Écrit par : Stéph | lundi, 17 mai 2010
Répondre à ce commentaireUn attaquant digne de Salad, si ma mémoire est bonne...
Écrit par : Oliver Bierhoff | lundi, 17 mai 2010
Répondre à ce commentaireTrès bon
Écrit par : Bank | lundi, 17 mai 2010
Répondre à ce commentaireJ'ai trouver mon Maitre...
PS: dites mo que ces photos sont truquées
Écrit par : bret | lundi, 17 mai 2010
Répondre à ce commentairej'ai bien reçu votre demande..je ne peux rien faire pour vous! désolé
Écrit par : chirurgien plastique | mardi, 18 mai 2010
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